Cabinets de conseil : Macron et McKinsey confondus par le Sénat

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Le #McKinseyGate fait actuellement scandale, et révèle aussi bien l’impuissance des fonctionnaires à être à la manœuvre que la facilité avec laquelle le gouvernement délègue la gestion publique moyennant des sommes faramineuses.
 
La gestion de la crise sanitaire par les cabinets de conseil a été épinglée il y a quelques mois (facture de plus de 40 millions d’euros, 2 168 euros/consultant/jour), mais le rapport du Sénat (Arnaud Bazin, Éliane Assassi) du 16 mars dernier sur l’influence croissante de ces cabinets sur les politiques publiques révèle qu’il s’agit-là d’une logique systémique mise en œuvre dans tous les domaines de l’action publique.  
Face à ce phénomène tentaculaire, la commission d’enquête soulève deux principales questions : « Notre vision de l’État et de sa souveraineté face à des cabinets privés, d’une part, et la bonne utilisation des deniers publics, d’autre part ».   
Suite au premier scandale lié à la gestion de la crise sanitaire, le Premier ministre avait adopté une circulaire le 19 janvier 2022 afin d’encadrer le recours public aux cabinets de conseil.  
Dans le présent rapport, le Sénat juge les mesure prises aussi tardives qu’incomplètes : non seulement l’objectif de réduction des dépenses n’est que de 15%, mais surtout rien n’est proposé au sujet de la transparence des prestations.  
Il faut dire que les gouvernements d’Emmanuel Macron sont habitués à travailler avec des cabinets de conseil privé avec une augmentation constante (plus du double !) de 2018 à 2021. Rien qu’en 2021, elle a été de 45% :  
Infographie

Le copinage entre la Macronie et McKinsey
 

Au micro de Radio Courtoisie (Ligne Droite, 21 mars 2022), le magistrat Charles Prats explique le rôle très important des consultants de McKinsey dans la création d’En Marche : les membres de ce cabinet sont à la fois à l’origine de la Macronie, et dans sa mise en œuvre.  
Ce qui pose problème, c’est cette interconnexion, la perméabilité de ce cabinet avec la Macronie.  
Cela dit, c’est aussi le cas de Valérie Pécresse : Alexandra Dublanche, sa chef de cellule riposte, est une ancienne de McKinsey, tout comme son directeur de programme, Frédéric Lemoine.  
Idem pour Laurent Fabius : le président du Conseil constitutionnel a validé la constitutionnalité du pass sanitaire et vaccinal élaboré par… son fils, Victor Fabius, directeur de McKinsey.  
Matthieu Aron, auteur de Les infiltrés, comment les cabinets de conseil ont pris le contrôle sur l’Etat, tient le même discours et relaie l’analyse d’Alain Minc :  
« Emmanuel Macron ? C’est l’idole des consultants ! Tout simplement parce qu’il est comme eux. Au ministère de l’Economie, il les fait déjà rêver. Il s’habille comme eux, il pense comme eux, il connait leurs codes, les fondements de leurs métiers… ».  
Matthieu Aron estime donc que : « Si McKinsey est si puissant, c’est parce que Macron est l’idole des consultants. (…) Il conçoit le monde comme les consultants, avec une approche très pragmatique, qui ne se veut pas idéologique, même si elle l’est. Une manière de concevoir le monde par des « process », une approche stylistique qui ressemble un peu à une approche Power Point ».  
Le problème est donc politique.  

Résultat de cet état d’esprit : plus d’un milliard d’euros facturés sur la seule année 2021, tout en sachant que la somme exacte est bien supérieure puisque la Sénat n’a interrogé que 10% des opérateurs.  
Cette somme concerne principalement cinq ministères : l’Intérieur, les Finances, l’Armée, la transition écologique et les ministères sociaux :
Répartition des dépenses les plus stratégiques des ministères

McKinsey : un recours systématique qui interroge
 

Le recours à ces cabinets est entré profondément dans les méthodes de travail de l’administration : la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) et la centrale d’achat UGAP ont ainsi conclu des accords-cadres qui permettent aux ministères de piocher dans un vivier de consultants dès que l’envie s’en fait sentir, même si les compétences sont déjà en interne.  
Le Sénat dénonce un « réflexe », même pour les principales réformes du quinquennat, « renforçant ainsi leur place dans la décision publique ».  
Il alerte sur la relation de dépendance qui s’installe entre l’administration et les consultants, en particulier dans le domaine informatique.  
McKinsey s’est ainsi occupé de la partie informatique de la réforme des APL pour près de 4 millions d’euros.  
Loin de rester cloisonnées au sein des administrations qui y font appel, ces méthodes de consulting s’étendent également aux consultations et aux ateliers citoyens : « Une quinzaine d’exemples ont été identifiés entre 2018 et 2021, pour un montant total de près de 10 millions d’euros : concertation sur l’avenir de l’Europe (Roland Berger, 1,7million d’euros), convention citoyenne pour le climat (Eurogroup,1,9 million d’euros), etc. ».  
Le rapport sénatorial donne un exemple édifiant de l’utilisation des deniers publics : les cabinets INOP’S et Capgemini sont intervenus sur les Etats généraux de la justice en organisant des « ateliers délibératifs » avec 45 citoyens volontaires.  

Voilà comment cela se passe :  
« Les participants doivent déposer un post-it sur un paperboard en répondant à la question : « Qu’est-ce qu’est pour vous la justice idéale ? ». Ils procèdent ensuite à la lecture du « nuage de mots » ainsi constitué. A la fin de la journée, ils votent avec des gommettes vertes, jaunes et rouges sur les thématiques qui leur paraissent prioritaires ».  
Montant de la facture, près d’un million d’euros.  


D’une façon générale, le Sénat déplore que le gouvernement et l’administration payent des centaines de milliers d’euros par prestation, même lorsqu’aucune suite tangible ne lui est donnée et que les ministères estiment « qu’il n’est pas possible de déterminer les conséquences directes » du rapport des consultants ».  
L’opacité des prestations de conseil est renforcée par le fait que les cabinets restent « beind the scene » : lors de la crise sanitaire, McKinsey n’utilise pas son propre logo pour rédiger ses livrables mais celui de l’administration ; même chose pour le guide sur le télétravail dans la fonction publique réalisé par Alixio, un sous-traitant de McKinsey.  

Une chose au moins n’est pas opaque, c’est le 0 perçu par les impôts français : la commission d’enquête du Sénat dévoile qu’entre 2011 et 2020, McKinsey n’a payé aucun impôt sur les sociétés en France.  

Une information que notre ministre de l’Économie a découvert en lisant le rapport sénatorial. Pourtant, le cabinet a empoché 12 millions d’euros pour suivre la logistique de toute la vaccination en France, pilotée depuis Santé publique France, et ce tout en conseillant également Pzifer, dans un conflit d’intérêt flagrant.  
L’entreprise pharmaceutique a d’ailleurs accueilli en août 2021 un nouveau directeur de l’innovation, Aamir Malik, auparavant chez McKinsey et ayant participé à la définition de la stratégie vaccinale…  
Les sénateurs alertent également sur la faiblesse de l’encadrement déontologique.  

Sont ainsi courants les conflits d’intérêt : la personne responsable au sein de McKinsey de contracter les marchés avec l’administration française est un proche d’Emmanuel Macron, Karim Tadjeddine, le même qui était incapable de détailler le contenu de la note de 500 000 euros pour réformer l’éducation devant la commission d’enquête du Sénat, et qui a menti en prétendant que McKinsey payait bien ses impôts en France.  
Il y a également une grande porosité, lorsque les cabinets recrutent d’anciens responsables publics (pantouflage), et la pratique du « pied dans la porte », c’est-à-dire lorsque les consultants interviennent gratuitement (pro bono) pour l’administration, essentiellement l’Elysée et Bercy.  
Le scandale de McKinsey et de la Macronie révèle un copinage au plus haut sommet de l’Etat, doublé d’une optimisation scandaleuse dont les Français sont en définitive les jouets

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