L’antispécisme est un anti humanisme !

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NDLR :Très judicieuse et intéressante analyse de Marion Maréchal.

L’antispécisme se développe au sein de la jeunesse boboisée des villes et participe à la destruction de la société traditionnelle, associée naturellement à la cancel culture et au wokisme, dans une perspective transhumaniste. Son représentant emblématique est Aymeric Caron pour lequel un moustique est une maman qui cherche à nourrir ses petits !

Jadis, les humanistes plaçaient l’Homme et son épanouissement au-dessus de tout. Aujourd’hui les progressistes n’aiment plus l’Homme mais, au contraire, le méprisent et le rabaissent. Doucement mais sûrement, nous sommes entrés dans le siècle de l’antispécisme. C’est en tombant par hasard sur une interview d’Hugo Clément, le célèbre militant antispéciste, donnée sur France 5, que j’ai pu en prendre la pleine mesure.

Pour rappel, l’« antispécisme », est un courant politique luttant contre la « discrimination » des espèces animales par l’Homme et la préférence accordée aux humains par rapport aux autres formes de vie. À l’inverse, le « spécisme » attribue à l’Homme une supériorité sur les animaux, cette supériorité se manifestant par des droits et des devoirs non-réciproques des premiers envers les seconds.

La rhétorique antispéciste emploie les mêmes codes que celle de la cause antiraciste ou de la lutte contre le sexisme : victimologie, analyse de la société sous un manichéisme de dominants et de dominés, égalitarisme outrancier…

Il y a cependant une différence significative avec ces idéologies: au contraire de ces derniers, l’antispécisme est un courant radicalement antihumaniste.

Ce qui apparaissait encore, il y une dizaine d’années, comme une doctrine radicale, voire délirante, de militants marginaux, tend à devenir la pensée ordinaire chez les jeunes générations.

Durant son interview, Hugo Clément peut dérouler son discours antihumaniste sous le regard conquis des présentateurs sans que personne  n’y trouve rien à opposer.

Récemment, un animateur de TPMP sur C8 expliquait sans honte que, face à une maison en feu, et confronté au choix de sauver son chien ou un bébé inconnu, il choisirait sans hésiter le chien. Dans la même émission, suite à l’affaire du chat malheureusement écrasé par un train de la SNCF, certains ont justifié leur indignation par un parallèle douteux entre le cas du félin et l’hypothèse d’un enfant écrasé.

Cette équivalence entre l’homme et l’animal, c’est le refrain de la petite musique antispéciste qui tourne désormais dans de nombreux médias d’influence.

Au point que beaucoup ont aujourd’hui honte d’appartenir à l’espèce humaine.

Ce sentiment de culpabilité, je ne le partage pas et je le combats. J’ai donc tenté de répondre, point par point, aux arguments avancés dans cet entretien.

Extrait de l’interview: « Vous parliez des singes, on aurait au moins 96% d’ADN en commun (…) Si on est aussi biologiquement proche finalement, comment est-ce qu’on justifie cette supériorité par rapport à l’animal… ? » lance une journaliste.

Réponse d’Hugo Clément : « Car pour justifier notre supériorité, on choisit les critères qui nous arrangent. »

Voilà le cœur de l’idéologie antispéciste : l’effacement de la frontière entre l’Homme et l’animal.

Au point que certains antispécistes radicaux ne disent pas « les animaux » mais « les animaux non-humains » afin de bien souligner que l’Homme n’est qu’un animal parmi les autres.

Ces militants appuient leurs affirmations sur un certain nombre de découvertes récentes.

D’un point de vue purement scientifique, il est vrai que des comportements jusque-là considérés comme proprement humains ont pu être observés chez d’autres espèces. Nous savons dorénavant que le corbeau ou la pieuvre savent fabriquer des outils, que certains oiseaux ont un langage articulé, que les éléphants sont capables de compter dans une certaine mesure.

Indéniablement, nous autres humains devons appréhender le monde qui nous entoure avec humilité car nous sommes bien loin de comprendre et de maîtriser l’ensemble de notre environnement. Nous n’avons exploré que 5 % des océans qui représentent pourtant 70 % de la surface de notre planète. Nous n’avons pas creusé au-delà de 12 km dans la couche terrestre (soit 0,19 % de la profondeur du globe) et le fonctionnement moléculaire d’une graine de céréales est encore trop complexe pour les capacités de modélisation mathématiques de nos ordinateurs.

Pour autant, les éléments avancés pour justifier l’absence de frontière entre l’Homme et l’animal sont très contestables.

Certes, l’Homme a 96 % d’ADN en commun avec le singe, et même 98,79 % avec le chimpanzé, mais il est aussi proche du dauphin à 98,5 %, de la souris à 75 % et de la limace… à 70 %.

« Ceci dit, cela vaut le coût de se rappeler que nous partageons aussi 50 % de notre ADN avec les bananes et cela ne signifie pas que nous sommes moitié banane. Il y a donc des limites à ce que la génétique peut nous dire sur ce que cela signifie d’être humain » rappelait le généticien britannique Steve Jones en 2002.

Cet argument de l’ADN en commun ne signifie donc pas grand-chose, d’autant plus qu’il est basé sur une omission : ce pourcentage ne concerne que les gènes dits codants, soit 1,5% de notre génome total, qui commandent la synthèse de protéines. Nous partageons dont 98,79 % de 1,5 % de nos gènes avec le chimpanzé… De quoi relativiser notre proximité.

Par ailleurs, de nombreuses études attestent de différences notables entre le cerveau humain et animal et même entre le singe et l’homme, qu’il s’agisse de la taille, de la densité neuronale ou du fonctionnement du cortex préfrontal.

De fait, l’Homme a indéniablement développé des capacités singulières qui ne sont observées chez aucun autre animal : la quête de spiritualité, la sensibilité artistique, la conscience morale ou tout simplement le libre arbitre. L’Homme écrit, l’Homme philosophe, l’Homme poursuit des idéaux parfois jusqu’au sacrifice ultime. L’homme s’inscrit dans le temps, passé, présent, futur et s’évertue à transmettre la mémoire de son passé.

L’appréhension et la compréhension de la mort semble aussi être une singularité humaine. Et si des formes de rites funéraires ont été constatés chez certaines espèces, notamment chez les primates, il n’y a aujourd’hui aucune preuve qu’ils soient conscients de la finitude liée à la mortalité.

Enfin, ironie ultime, lorsque, croulant sous le poids de ses réalisations millénaires, la civilisation européenne se prend à douter d’elle-même, elle le fait en inventant l’antispécisme tout en oubliant l’évidence : le sentiment de responsabilité à l’égard des autres espèces est le pur résultat de notre humanité.

Nous mettons au point des lois et des organisations pour protéger les baleines car nous souffririons d’être privés de leur majesté, de leurs chants envoûtants, de leur compagnie en haute mer.

Mais l’inverse ne pourrait être vrai.

Saint-Exupéry le définissait  de cette manière : « Être Homme, c’est précisément être responsable. »

Hugo Clément : « Donc on dit que parce qu’on sait aller dans l’espace, en construisant des fusées, parce qu’on sait faire des bombes nucléaires, qui sont capables de tuer des millions de personnes, on est plus intelligent. Mais la question c’est : est-ce que c’est ça une preuve d’intelligence ? »

Hugo Clément balaie d’un revers de main les produits technologiques issus du génie humain. Comme si le fait de savoir construire des fusées, des centrales nucléaires, ou plus simplement de maîtriser le feu, n’était pas autant de raisons suffisantes de considérer l’Homme comme supérieur aux animaux.

Pourtant, c’est bien la capacité de raisonnement complexe de l’Homme qui introduit une différence de nature (et non de degré) entre le monde humain et le monde animal. 

Nos capacités cognitives sont sans commune mesure avec celles des autres espèces et c’est ce qui explique qu’aujourd’hui l’Homme domine la chaîne de vie.

Hugo Clément ne définit pas l’intelligence par les capacités cognitives mais par la finalité, le but, au service duquel est mise cette intelligence. Selon lui, l’animal serait supérieur parce qu’il ne fait pas le mal.

Il s’agit donc d’une considération morale : or, rappelons-le, ce qui fait la supériorité de l’Homme ce n’est pas tant qu’il fasse davantage de bien ou de mal que les animaux, c’est qu’il soit capable de distinguer les deux et de choisir de faire l’un ou l’autre. C’est ce que l’on appelle communément le libre arbitre.

Encore une fois, l’ironie est de mise : en moralisant l’animal, Hugo Clément projette sa propre humanité sur des êtres qui sont intrinsèquement étrangers à cette notion.

L’homme est susceptible de choisir la difficulté du bien plutôt que la facilité du mal, là où l’instinct choisira toujours le chemin le plus court vers la survie.

Au-delà de ces considérations philosophiques, rappelons que l’humain n’a pas le monopole de la violence, de la cruauté, voire de la torture.

Pour s’en convaincre, il suffit d’observer un chat jouer avec sa proie agonisante pendant des heures ou d’assister à l’attaque meurtrière d’un lion en quête de reproduction sur des lionceaux dont il n’est pas le géniteur.

En revanche, si l’homme a bien un monopole, c’est celui du sentiment de honte et de culpabilité.

En outre, l’idéologie antispéciste fait fi de l’extrême violence de la chaîne alimentaire. Voilà un système dans lequel les proies luttent, souffrent et meurent avec moins de considération que dans les abattoirs où l’humain tente, malgré tout, de réduire le stress et la souffrance animale, quand bien même les défaillances restent nombreuses.

Cela est-il bien ou mal ? Peu importe la réponse : cette question est humaine, et seulement humaine.

« Est-ce que l’intelligence d’une espèce ou d’un individu, ce n’est pas avant tout s’adapter à une situation ou à survivre au fil de l’évolution ? Et si on prend ce prisme-là, l’espèce humaine ne fait pas forcément partie des espèces les plus intelligentes puisqu’on met notre ingéniosité, nos capacités cognitives au service d’une autodestruction. »

La réflexion est à la fois simpliste et inexacte.

Premièrement, l’Homme a conscience de ce risque d’autodestruction et cette conscience lui est même spécifique.

« Maintenant, je suis devenu la Mort, le destructeur des mondes » se lamentait Robert Oppenheimer, physicien de génie qui avait participé à l’élaboration de la bombe nucléaire, devant la démonstration de la puissance destructrice de l’atome.

L’humanité met d’ores et déjà son intelligence et son énergie au service d’une réduction de son impact sur l’environnement et s’impose des limites parfois au détriment de son confort ou de son expansion.

À force de diplomatie, d’innovations médicales et de choix politiques, l’humanité n’aura jamais dans son Histoire réussi à lutter aussi efficacement contre la guerre, la famine ou les épidémies. La mortalité infantile mondiale n’a jamais été aussi basse, à moins de 5 %. Bien sûr, il reste de la pauvreté, de la malnutrition, des conflits, mais expliquer que l’Homme se complait dans son « autodestruction » est faux.

La particularité de l’espèce humaine, c’est sa volonté d’échapper au déterminisme. C’est le propre de la politique : mettre en place les conditions de l’émancipation et de la liberté. Les organisations sociales du monde animal, quel que soit leur niveau d’élaboration, n’ont pas d’autres objectifs que la survie du groupe.

La recherche du bonheur et l’élévation de l’individu sont des notions purement humaines.

« S’il y a bien une espèce humaine invasive, c’est l’espèce humaine. »

Ce discours antihumaniste primaire qui tend à réduire l’Homme à un nuisible aura et a déjà de graves conséquences.

Comme l’explique le journaliste Paul Sugy dans son ouvrage L’Extinction de l’Homme, le projet fou des antispécistes :

« Les idées gouvernent le monde, alors gardons en tête que lorsque nous renoncerons à l’anthropologie classique (la vocation de l’Homme comme gardien respectueux du vivant), nous irons vers de graves crises qui ébranleront notre humanité et seront lourdes en conséquence. »

Ces dernières ne se sont pas fait attendre. Pour preuve, le réflexe malthusianiste de nos sociétés : 30 % des femmes en âge de procréer en France refusent de faire des enfants pour des raisons professionnelles ou écologiques. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances dans notre pays depuis 1945.

Cette conception de l’Homme ne disposant d’aucune dignité propre et dont la vie ne vaut pas plus en soi que celle d’un colibri ou d’un panda, ne manquera pas d’entraîner de graves dérives éthiques à l’avenir.

Il est probable qu’au nom de la préservation de la nature, des pratiques monstrueuses deviendront acceptables au nom d’une bonne conscience utopiste.

Peter Singer, père de l’antispécisme n’hésite pas dans son ouvrage La Libération animale, à juger parfois plus éthique de mener les expérimentations scientifiques sur des êtres humains adultes handicapés plutôt que sur des animaux ou encore à défendre l’avortement post-natal, c’est-à-dire l’infanticide.

Pourquoi dans un monde où l’Homme n’est qu’un nuisible et n’a aucune valeur supérieure, l’euthanasie des personnes malades serait-elle inacceptable ?

Il est significatif à cet égard de constater qu’en recherchant des pétitions lancées sur Internet sur le sujet, seuls deux types comportant le mot « euthanasie » apparaissent dans les résultats : les pétitions demandant l’ouverture de l’euthanasie pour les hommes et celles demandant leur interdiction pour les animaux.

Conséquence logique : si l’on défend l’antispécisme de façon cohérente avec l’idée d’une cohabitation égalitaire sur notre planète, il faudra alors faire disparaître la majorité de l’humanité, ou faire retourner celle-ci à l’âge de pierre.

Difficile d’imaginer un avenir  plus cauchemardesque.

Si notre souci de préserver la nature et de nous reconnecter à elle est parfaitement légitime, attention à ce que cet amour de la faune et de la flore ne bascule pas en haine de l’être humain.

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Si ce sujet vous intéresse et que vous voulez aller plus loin, je vous recommande la lecture du livre du journaliste Paul Sugy cité plus haut:  L’Extinction de l’Homme, le projet fou des antispécistes, publié en 2021. 

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