Le chômage « masqué »mais concerne 30% de la population active

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Face à la crise du coronavirus, le gouvernement se vante d’avoir décidé de transformer structurellement le dispositif d’activité partielle, pour doter la France du système le plus protecteur d’Europe ( décret n°2020-325 du 25 mars 2020). Assurément nous sommes toujours en avant des autres pour le nombre et le volume des aides sociales, pour transformer les Français en assistés.

L’Insee a annoncé que le taux de chômage avait diminué de 0,7 point au deuxième trimestre, à 7,1 %. Mais ce calcul réalisé selon les règles du BIT ne tient pas compte de ceux qui sont dans le « halo du chômage », c’est-à- dire qui souhaitent travailler sans être considérées comme chômeurs et dont le nombre a bondi de 767.000 au dernier trimestre. Il ne prend pas en compte non plus les personnes en chômage partiel – mis en place de manière élargie dans le cadre de la crise sanitaire – puisqu’ils ont gardé leur contrat de travail alors même que beaucoup d’entre eux ne travaillent pas du tout.

– Il y avait donc au total fin juillet 8 170 100 personnes en chômage !

Il est plus rigoureux de retenir les chiffres de la Dares/Pôle Emploi selon laquelle, en moyenne au deuxième trimestre 2020, en France métropolitaine, le nombre de personnes inscrites à Pôle emploi et tenues de rechercher un emploi (catégories A, B, C) s’établit à 5 815 000, soit une augmentation de 6,7 % sur ce trimestre (+364 700) et de 4,2 % sur un an. Parmi ces personnes, 4 149 300 sont sans emploi (catégorie A), + 22,7% sur un an, et 1 665 700 exercent une activité réduite (catégories B, C), soit une très légère baisse.
Certes, la situation s’est améliorée en juillet 2020 avec une nouvelle baisse en France, hors Mayotte, du nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi n’ayant exercé aucune activité (catégorie A), soit -174 300, après -204 700 en juin et -149 900 en mai) mais demeure à un niveau élevé (4 046 600). Comme en mai et en juin, la diminution du nombre de demandeurs d’emploi en catégorie A s’explique principalement, explique la Dares, par leur passage en activité réduite, de sorte que le nombre de demandeurs d’emploi ayant exercé une activité réduite au cours du mois (catégories B et C) continue d’augmenter (+129 400). Au total, l’effectif des catégories A, B et C diminue néanmoins en juillet (-44 900), pour la première fois depuis mars 2020.
Par ailleurs, il faut prendre en compte les bénéficiaires du chômage partiel. Le gouvernement ne communique guère sur les chiffres, mais environ 2,4 millions de salariés du secteur privé étaient en chômage partiel en juillet, après 4,5 millions en juin.
Il y avait donc au total fin juillet 5 770 100 chômeurs A, B et C outre 2,4 millions de chômeurs partiels, soit 8 170 100 personnes en chômage par rapport à la population active de 29,558 millions de Français, soit 27,64% de la population, ce qui est considérable.

Il faut cesser de faire peur aux Français et faciliter la reprise du travail

Certes, le chômage dit partiel était nécessaire pour permettre aux entreprises de faire face au confinement. Il est encore utile dans les secteurs frappés par des mesures réglementaires au demeurant souvent excessives. Fallait-il promettre pour autant que « L’activité partielle demeurera ouverte dans ses conditions actuelles au moins jusqu’au 1er novembre », comme l’a déclaré le Premier ministre, Jean Castex, lors de l’ouverture de l’université d’été du Medef à Paris, mercredi 26 août ? Le chef du gouvernement a précisé que cette possibilité serait également valable pendant deux ans pour toutes les entreprises couvertes par un accord sur l’activité partielle longue durée. « Les secteurs comme le sport, le tourisme, l’événementiel, conserveront jusqu’à la fin de l’année un accès à l’activité partielle même sans accord », a également précisé Jean Castex.
Malheureusement, le gouvernement ne fait pas tout ce qu’il devrait pour inciter les Français à revenir au travail. En entretenant la peur, il favorise des comportements opportunistes. Parmi bien d’autres exemples, en témoigne celui de cette salariée qui n’a pas repris son poste fin août après ses vacances parce qu’un collègue de son mari s’était fait tester positif ! Les Français ne craignaient guère le virus pendant les vacances, mais ils le redoutent quand il faut aller au travail ! Et l’Etat a encouragé de tels comportements, par exemple en maintenant jusqu’à ce 31 août la possibilité de bénéficier du chômage dit partiel, et qui est le plus souvent total, pour les salariés des particuliers employeurs (emplois dits familiaux) que rien n’empêchait d’aller travailler. Il l’encourage encore en ayant subrepticement baissé depuis le 1er août de six mois à quatre mois la durée d’affiliation minimale pour ouvrir ou recharger des droits à l’assurance chômage. Il suffira désormais de quatre mois de travail sur les derniers 24 mois (36 mois pour les salariés de 53 ans et plus) pour recharger des droits au chômage. Dans le cadre de la crise sanitaire, ces périodes de 24 et 36 mois sont même, à titre exceptionnel, susceptibles d’être allongées de 3 mois.
Pourtant le chômage n’a pas fini de faire des ravages. Beaucoup de grandes entreprises vont réduire leur activité et beaucoup de petites ou moyennes vont déclarer leur cessation de paiement quand elles ne bénéficieront plus d’aucune aide et qu’il faudra rembourser les prêts obtenus pendant la crise. Rexecode estime qu’il faut s’attendre à 800 000 ou même 1 million de chômeurs supplémentaires début 2021. Pour éviter ce drame, il faut cesser de faire peur aux Français et faciliter la reprise du travail, y inciter voire y contraindre plutôt que de la compliquer à l’infini avec des protocoles applicables à toutes les entreprises et qui font peser sur les salariés une difficulté de vivre masquée et le poids d’une angoisse latente.

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