Malaise profond chez les pompiers : enquête à Bordeaux

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Il y a le feu à la caserne Ornano, à Bordeaux.

Depuis le mois de juin un grand brasero, rappelle que les pompiers sont en grève. Une grève raisonnable puisque le service est assuré. Mais une grève réelle, très suivie. Soutenue à la fois par la base, par les représentant syndicaux, et par la hiérarchie. Les soldats du feu font corps. Normal pour des hommes et des femmes qui, pour assurer notre sécurité, acceptent de risquer leur vie et la discipline quasi militaire qu’impose l’organisation des pompiers.

Pour nous, les assujettis à l’impôt, il difficile de comprendre que les services publics soient en grève malgré l’augmentation continue de la pression fiscale que nous subissons. Comment les fonctionnaires peuvent-ils encore réclamer de l’argent, des moyens, alors que la population est asphyxiée par les prélèvements obligatoires ? Autre curiosité, comment des services aussi vitaux que la sécurité incendie sont-ils obligés de faire appel à la population pour se faire entendre des élus, des représentant du peuple ? Si des officiers de pompiers sont obligés de brandir des pancartes dans la rue, c’est que la démocratie ne fonctionne pas !

Puisque les pompiers nous interpellent, nous sommes allés rencontrer les soldats du feu dans leur caserne, autour du brasero qui brule jour et nuit. Excellent accueil. Première surprise, ils nous ont dit n’avoir, en 6 mois, vu aucun politique, à part le seul élu du RN-SÌEL à la Métropole. Indifférence des responsables ? Ou crainte d’un accueil difficile ? Les pompiers ne sont pas de méchants fachos, ils sont particulièrement polis, bien élevés. Leur accueil a été parfait.

Le message des pompiers est assez simple. 3 problèmes. L’augmentation de la population, la dérive des missions, et les agressions.

La Population augmente, les moyens ne suivent pas.

La population de Bordeaux, de la métropole et de la Gironde augmente de 2 à 3% par an. Conséquence logique, les interventions augmentent en proportion. Les mêmes élus qui ont votés des dispositifs qui favorisent les grands promoteurs immobiliers, avec comme feuille de route de construire autour de Bordeaux 50000 logements, n’ont pas prévu la croissance des moyens des services de sécurité incendie… Pourtant, les recettes fiscales progressent en suivant la croissance de la population, et même plus, puisque la pression sur chacun des assujettis augmente. Mais les élus utilisent cet argent à autre chose.

Entre 1993 et aujourd’hui, les pompiers disponibles ont vu leur nombre diminuer. En permanence à la caserne Ornano, il y avait 24h/24, 40 à 50 pompiers disponibles en 1993. Aujourd’hui ils sont 30 le jour et 21 la nuit. Les 35h sont passées par là. Et le nombre d’interventions annuelles a explosé passant de 12000 à 17000. Il manque des pompiers professionnels, bien formés. Les responsables de la caserne estiment les besoins de recrutement de 300 à 400… sachant qu’il faut les former avant de les envoyer au feu. Il y a urgence à embaucher et à envoyer en formation.

pompiers bordeaux

La dérive des missions.

Les pompiers ne se dérangent plus pour aller chercher les chats dans les arbres, mais ils sont toujours sollicités pour de multiples interventions qui ne relèvent absolument pas le leurs compétences. Il y a urgence à définir le cadre de leurs interventions et à organiser les services que la collectivité met à leur charge, comme les secours aux personnes dépendantes à domicile (surtout les vieux), les transports de malades qui devraient être confiés au privé, les interventions pour des sorties alcoolisées de boites de nuit etc… les pompiers pallient la désorganisation des urgences, le manque d’effectifs de la police, l’absence de prise en charge de certains malades très dépendants… Quand nous étions à la caserne pour entendre ces doléances, nous avons pu constater que toutes les équipes étaient en intervention, et qu’il n’y avait plus d’hommes disponibles… sans qu’il y ait à ce moment précis un incendie important… C’est à dire que les missions non essentielles mobilisent l’essentiel des moyens. Absurde, extrêmement coûteux. Il est urgent de définir les missions et d’organiser la prise en charge, par le privé, de préférence, des services à la personne, d’augmenter les effectifs de police, d’organiser correctement les urgences pour que les camions de pompiers n’attendent pas des heures pour les prises en charge etc… l’impression que donne le discours des pompiers c’est que les pouvoirs politiques ont fait faillite et n’assurent pas leur mission de direction, d’organisation.

Les agressions.

Les banderoles sur la façade de la caserne évoquent les violences volontaires subies par les pompiers. L’augmentation de ces violences est spectaculaire. A 2 ou 3 chiffres pr an. Mais les hommes et les femmes que nous avons rencontrés ont été assez retenus, pudiques, sur ces violences qui ont leur ont valu des équipements de caméras « piéton » comme prévention. Dans ce domaine là, aussi, les agents se sentent abandonnés, pas écoutés. Ils ne nous ont pas donné de détail, mais il n’y a pas besoin d’avoir fait l’ENA pour comprendre que l’augmentation de la population, ne résulte pas de la natalité aquitaine qui n’est pas très forte depuis au moins un siècle. Il y a un changement de population, et les néo-aquitains n’ont pas le même comportement que nos anciens. Les 200000 personnes attendues dans l’agglomération bordelaise, dans les construction qui vont ceinturer Bordeaux, ont beaucoup de chance de ne pas trouver d’emploi. Ces nouveaux quartiers risquent devenir autant de quartiers « politique de la ville, reconquête républicaine ». Des zones dites de non droit.

Même s’ils ne nous l’ont pas dit, nous avons compris que les soldats du feu manifestent aussi pour sonner le tocsin. S’il y a embrasement, ils ne pourront pas faire face.

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