« Marine », un conte de Noël

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Enfant, vous avez probablement lu ou écouté attentivement « La Petite Fille et les Allumettes » des Contes d’Andersen. Ces contes du XIX° qui vous saisissent et vous remplissent d’émotions contradictoires jusqu’à faire chavirer votre cœur. Dans la pure tradition des contes de Noël, voici aujourd’hui la soirée de réveillon de la petite Marine, et de Rachid, ce beau-père qu’elle n’a pas choisi. Un conte écrit par François Galvaire dit Batdaf youtubeur bordelais.

-J’encule le Père Noël ! T’entends Roger, j’l’encule ce bâtard… putain j’aime pas Noël moi ! Allez Maurice remets-nous ça… et sans faux-col hein, parce que j’paie pas la mousse moi !

-Allez à la tienne Jacky et joyeux Noël quand même…

Le patron posa deux bières de Noël devant les deux poivrots. Dix tournées chacun… Ils en tenaient une belle le Jacky et le Roger ! Il aurait dû arrêter de les servir depuis longtemps, mais faut bien faire marcher le commerce quand même… quitte à supporter ces cons autant que ça paie. Putain de métier quand même ! Bientôt 19 h 30, il allait pouvoir fermer le Café des Amis. Des amis mon cul… des clients oui, des sales cons de clients même. Putains de chômeurs… rien d’autre à branler de la journée qu’à rester coincés au rade, à tiser… tiser… tiser sans cesse. Et raconter leurs conneries, de plus en plus fort, de plus en plus bourrés, de plus en plus cons… et à crédit en plus ! Putain d’ardoise ! « Tu me marques Maurice »… Bordel j’suis pas secrétaire moi ! Suis pas là pour marquer leurs coups… pour les vendre oui, mais pas pour marquer… maintenant, pas moyen de faire autrement… si je marque pas, ils viennent plus… le quatre le chomedu tombe, le cinq ils paient l’ardoise et le onze ils ont plus de sous… alors je marque en espérant qu’ils claqueront pas le trois ces cons… Putain de métier quand même !

-Bordel Roger, qu’est ce que t’as l’air con avec ton bonnet rouge et ta fausse barbe ! Pourquoi t’ôtes pas cette merde, ça trempe dans ta mousse… c’est dégueulasse ces poils blancs… on dirait la chatte de ma vieille… sa saloperie de cramouille toute blanche !

-Mais j’t’ai dit Jacky faut que j’passe devant la fenêtre de la cuisine à ma fille à vingt heures pétantes… que les petits voient le Père Noël… Une idée à mon gendre ça… Quel con celui-là avec ses idées !

-Ton gendre c’est un enculé de flic Roger… Putain j’aime pas les flics moi… sale race de bâtards ça… Puis t’as l’air vraiment con là… j’te jure ! Avec ton bonnet rouge sur tes poils blancs on dirait qu’les anglais ont débarqué sur la chagatte à Josiane… Ah la salope qu’est-ce qu’elle a pu me faire chier avec ses ours celle-là… Salope !

-Arrête Jacky… et puis y sont mignons le petits… vont être content de voir le Père Noël ! 

Maurice nettoyait les machine à café. Un cigarillo au coin de la bouche il pensait à  sa soirée de Noël. Seul comme d’habitude depuis que Marie-Jeanne s’était cassée deux ans plus tôt. Comme ça sans rien dire, un jour elle était allée voir sa mère à Paris et elle n’était jamais revenue. Il s’était retrouvé comme un con, un gros con malheureux dans son rade de merde en banlieue. Une rue triste, une boulangerie arabe, une épicerie africaine, un boucher Hallal… et des pauvres, des ouvriers, des chomedus, des Rmistes. Dix ans qu’il s’était installé dans ce quartier de merde de la banlieue de merde d’une ville de merde. Les premiers Noël Marie-Jeanne avait décoré le rade, une année ils avaient même filé cinquante euros à un gus pour peindre la vitrine… et puis ils avaient arrêté… de toute façon tout était moche ici… et puis y’avait pas de gosses… Et puis Marie-Jeanne s’était barrée… et puis merde !

Dix neuf heures quinze… encore un quart d’heure. Un quart d’heure à écouter l’autre con gueuler ses insanités, un quart d’heure à supporter toute cette merde avant de fermer la baraque. Il commença à nettoyer la pompe à bières, à l’astiquer… Pourquoi ? Pour qui ? De toute façon tant qu’elle pissait de la Kro ils en avaient rien à foutre tous ces cons qu’elle brille ou pas… pourvu que ça coule… pourvu que ça saoule… pourvu que ça fasse pisser… rien à branler. Tiens d’ailleurs, à propos d’astiquer, il allait se mater un porno ce soir, un bon film de cul américain avec des blondasses à gros nichons… Pas comme Marie-Jeanne avec ses seins modèles réduits. Mais elle baisait bien quand même…enfin quand elle voulait. Ouais une bonne branlette de Noël devant un porno… Il frotta plus fort les robinets de la pompe…

-Allez les gars… la dernière… c’est la mienne.

-A la tienne Maurice

-Joyeux Noël Maurice

Elle avait eu froid en rentrant du centre aéré. Un tee-shirt et une veste en jean ça tient pas très chaud en hiver. Alors avec ses copines elles avaient couru sur le chemin. Marine avait sept ans, c’était une jolie gamine, brune avec une queue de cheval et puis des joues un peu rondes que la marchande de journaux aimait bien pincer quand elle allait chercher Paris-Turf pour Rachid. Elle aimait pas cette façon qu’avait la vieille de lui pincer la joue. De toute façon elle détestait que les grands la touchent. Cette façon qu’ont les adultes de poser leurs grandes mains sur elle ça la faisait toujours frissonner Marine. Mais elle savait bien qu’il fallait rien dire. Elle savait bien qu’il faut jamais rien dire aux adultes… sinon ils tapent… et ça fait peur… et ça fait mal.

Elle avait couru tout le long du chemin. Elle avait dit à ses copines qu’il fallait courir parce qu’elle avait froid, mais la vérité c’était que Rachid lui avait dit de rentrer avant cinq heures. Alors elle avait couru le plus vite possible, parce que Rachid n’aimait pas qu’elle soit en retard. Il voulait pas qu’elle rentre tard parce que c’était pas bien de traîner dans la rue… toujours il s’inquiétait pour elle… et puis elle avait des choses à faire avant que maman rentre.

Quand elle était arrivée l’ami de maman regardait la télé. Il avait levé la tête et puis il avait montré la pendule sur le mur du salon, elle marquait cinq heures deux… Mais Rachid avait été gentil cette fois, il avait rien dit, juste soupiré très fort, et puis il avait montré sa bière vide, alors elle avait filé à la cuisine lui en chercher une nouvelle. Rachid aimait pas quand sa bière était vide.

Depuis que papa était parti, c’était moins bien la vie. Mais pourquoi il était parti papa ? C’était tellement chouette, avant, quand il était là, quand maman chantait tout le temps, quand maman ne travaillait pas et qu’elle restait toute la journée à la maison. Papa il s’appelait Michel, mais tout le monde l’appelait Mickey, comme le Mickey qu’elle avait vu à Euro Disney, même que dans le salon y’avait une photo de tous les deux, devant le château de la Belle au Bois Dormant. Avant y’avait une autre photo avec papa et maman au parc Asterix, mais un jour maman avait ôté la photo. Pourtant, elle était belle cette photo, il était si beau papa avec son grand sourire et ses lunettes noires, et puis maman elle avait sa mini jupe rouge, celle que papa aimait tant et que Rachid avait jetée un jour qu’il était en colère…

Ce soir c’était Noël. Avant maman faisait un sapin, mais cette année Rachid avait pas voulu, il avait dit que ça foutait des saloperies partout. Pourtant elle aurait bien voulu un sapin avec une jolie guirlande de toutes les couleurs, elle avait même promis de ramasser toutes les petites aiguilles qui tomberaient par terre, mais Rachid s’était mis en colère et maman l’avait envoyée dans sa chambre. Maman lui disait toujours d’aller dans sa chambre quand il se mettait en colère.

Et puis Rachid lui avait dit que le Père Noël existait pas… mais elle l’avait pas cru, d’ailleurs le Père Noël elle l’avait bien vu elle devant Leclerc. Qu’est-ce qu’il était beau avec sa grande barbe ! Y’avait plein d’enfants qui attendaient pour faire une photo avec lui, comme avec Mickey mais Rachid avait pas voulu. C’est ce jour là qu’il lui avait dit que « le Père Noël c’est rien que des conneries pour les roumis ». Mais elle savait bien que c’était pas vrai, même qu’elle lui avait écrit une lettre, avec un super beau dessin. Sur le dessin y’avait un arbre de Noël vachement super avec plein de boules et de guirlandes, et puis y’avait papa et maman. Elle, elle était pas sur le dessin parce qu’elle était avec Rachid… dans la salle de bain… mais c’était pas grave si papa et maman étaient là… c’était mieux si elle restait avec Rachid, comme ça il ennuierait pas maman. Et puis dans la lettre, elle avait demandé que papa revienne, ou alors s’il pouvait pas, que le Père Noël l’emmène avec elle dans le ciel, sur son traîneau. Ce serait chouette ça de partir avec le Père Noël… mais ce serait encore mieux si papa revenait.

Maman allait bientôt rentrer. Mais avant elle devait aider Rachid. Toujours il voulait qu’elle l’aide à laver son zizi… Il était bizarre le zizi à Rachid… il était tout mou et après il était tout dur… et puis il fallait le frotter fort, fort, fort… et après Rachid il était content… mais c’était dégueulasse ce pipi qui lui coulait sur la main ! Pourquoi il pouvait pas se retenir Rachid ? C’était sale quand même… Et puis quelquefois Rachid c’était lui qui la lavait, mais ça c’était vraiment désagréable avec ses doigts qui rentraient partout… ça faisait mal… mais fallait pas le dire à maman, sinon papa il rentrerait jamais… parce que si elle était pas bien propre papa voudrait jamais rentrer… c’était un secret avec Rachid… mais quand même ça lui faisait mal. Ce serait bien si le Père Noël pouvait venir la chercher, peut être que lui il voudrait pas qu’elle lave son zizi tout dégueulasse.

Et puis Rachid il a crié « mais bordel y’a plus de bière dans cette baraque ! File chercher un pack chez le négro. Dis-lui qu’il mette sur le compte… et grouille toi, ce soir il ferme à sept heures et demie… dans dix minutes… t’as intérêt à arriver avant qu’il ferme ! »

Alors Marine, elle a filé, vite, vite, vite… pour que Rachid il soit pas en colère. Elle n’a même pas attendu l’ascenseur, elle a descendu les cinq étages en courant de toutes ces forces… vite, vite, vite… courir avenue de la République et traverser au feu, juste en face du métro et du Café des Amis.

Maurice passa un dernier coup de chiffon sur le bar. Encore une journée de merde terminée. Il prit la gaffe pour fermer le rideau de fer et se dirigea vers la porte. Sur le trottoir Jacky et Roger  s’apprêtaient à se séparer. Les deux poivrots s’embrassaient pour se fêter de joyeuses fêtes. Avec sa postiche de travers et son vilain déguisement de Père Noël qui cachait mal ses baskets crasseuses, Roger avait vraiment l’air de ce qu’il était, un gentil con minable plein de mauvaise bière, alors qu’avec son gros ventre et sa trogne rougeaude, Jacky avait aussi l’air de ce qu’il était…un méchant con minable plein de mauvaise bière. Maurice se dit que la différence était mince mais qu’il préférait de loin les gentils cons qui allaient faire une surprise à leurs petits enfants aux méchants cons qui allaient dérouiller leur bonne-femme. Il se sentait seul et triste, pour un peu il aurait bien invité Roger à aller finir de se cuiter avec lui, mais non, y’avait Sonia Love qui l’attendait avec ses nichons siliconés dans la boîte du DVD. Elle au moins elle se barrerait pas comme Marie-Jeanne, et puis y’avait qu’à appuyer sur la télécommande pour lui faire fermer sa gueule, ou aller à l’essentiel… Une bonne double péné avec un cumshot facial pour finir. C’est comme ça qu’y fallait les traiter ces garces… leur en foutre plein le cul et décharger sur leur gueule… après, hop tu coupes la zapette et elles t’emmerdent pas avec leurs « pourquoi-comment ? » !

Doudou était en train de rentrer ses cageots dans l’épicerie. Il chantonnait en pensant à la famille qui l’attendait dans l’appartement au-dessus du magasin. Fatou avait préparé le maffé toute la journée et il sentait la bonne odeur d’arachide dans l’arrière-boutique. Ca allait être un beau Noël, les enfants attendaient leurs cadeaux avec impatience, mais il fallait encore fermer l’épicerie et prendre une douche, et puis passer à table déguster le repas. Ils auraient leurs surprises après le dîner parce que y’avait pas moyen de leur faire attendre le lendemain matin. La fête aurait été plus belle si le cousin Dialo avait pas été renvoyé au bled une semaine avant. Pauvre Dialo, il avait vraiment pas de chance, c’était déjà la troisième fois qu’on l’expulsait au pays. Reviendrait-il encore ? Sans doute. Il avait pas tellement d’autres choix pour nourrir la famille, ou alors il essaierait l’Espagne, mais sans parler la langue, c’est encore plus compliqué. Au moment où il allait baisser le rideau il vit la petite Marine de l’autre côté de l’avenue qui courait de toutes ses petites jambes en criant « Doudou, Doudou ! ». Encore son poivrot de beau-père qui l’envoyait recharger les batteries. Pauvre gosse quand même, à cavaler dans la rue par ce froid avec ses jambes nues ! Doudou leva la main pour montrer à la petite qu’il l’avait vue…

Marine avait couru tout le long du chemin. En même temps qu’elle faisait tous ses efforts, elle pensait au père Noël, à ce qu’elle lui dirait quand il viendrait la chercher sur son beau traîneau tiré par les vaches… non c’était pas des vaches, ni des chevaux… comment ça s’appelait déjà ces grosses bêtes qui vivaient dans la neige ? Ah s’il pouvait venir et l’emmener retrouver papa, comme ce serait chouette quand même ! Elle vit Doudou qui lui faisait signe, et tout d’un coup, c’était pas possible ! Là devant le café, en train d’embrasser un monsieur, elle le vit avec sa belle robe rouge… Il était là sur le trottoir ! Elle se précipita vers lui en criant de toute sa force « Papa Noël, Papa Noël »

Elle traversa l’avenue, elle courait, courait… puis elle s’envola, haut, si haut dans le ciel, après que la voiture l’ait percutée. Elle vola haut, longtemps, longtemps, longtemps… et tout tourbillonnait autour d’elle, toutes les lumières de l’avenue, les arbres, les lampadaires… c’était beau comme elle volait… et puis ça fit un grand bruit dans sa tête… un grand crac, mais elle avait pas mal, non, au contraire, elle était allongée par terre, y’avait plein de gens autour, mais surtout, il était là, Papa Noël, juste au dessus d’elle avec sa grande barbe blanche, et il ôtait son magnifique manteau rouge pour la recouvrir, et il la regardait avec ses grands yeux magnifiques, brillants, brillants, brillants…

Quand elle a fermé ses yeux, Roger pleurait. Il s’est tourné et a dit à Jacky « Elle me connaissait cette gosse ? Pourquoi elle m’a remercié d’être venu ? »

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