O tempora, O mores, Obono

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Dans l’affaire Valeurs Actuelles vs Danièle Obono, comment a-t-on pu juger raciste la fiction publiée par cet hebdomadaire ? Comment a-t-on pu trouver là matière à débat sur les limites de la liberté d’expression ? Qu’y avait-il en ce texte d’abject ou de choquant, si ce n’est la traite des esclaves justement décrite comme une atrocité ? Pourquoi Valeurs Actuelles a-t-il présenté des excuses ? Pourquoi le parquet a t’il décidé de diligenter avec une célérité inhabituelle une enquête ?

Ceux qui trouvent ce texte raciste seraient bien en peine de pointer une seule phrase, un seul mot qui accrédite leur accusation. Ce texte n’eut été délictueux que s’il avait présenté comme souhaitable et bonne la mise en esclavage de Danièle Obono ou de n’importe qui d’ailleurs. Or, il n’est pas nécessaire d’avoir une intelligence supérieure, seulement de la bonne foi, pour comprendre que ce texte dénonce l’esclavage et, plus précisément, qu’il en dénonce des aspects systématiquement passés sous silence : traite intra africaine et musulmane, qui ont précédé et suivi jusqu’à nos jours la traite occidentale.

Pour le reste, le dessin incriminé (Danièle Obono avec les chaînes au cou) ne serait choquant que s’il illustrait une apologie de l’esclavage, ce qui n’est en rien le cas de cette fiction, laquelle s’attarde au contraire sur des atrocités à peine soutenables : viols de fillettes, garçons et hommes castrés, enfants épuisés livrés aux chacals, brutalité extrême du marché aux esclaves.

Sainte Joséphine Bakhita qui a servi de modèle pour la fiction

Et surtout, Mme Obono au lieu de s’indigner et de surjouer la victimisation aurait dû percevoir, si elle avait eu un peu de culture et moins de ressentiment, voire de haine, la forte similitude entre l’aventure que lui fait vivre Valeurs Actuelles et la biographie d’une des femmes les plus admirables de l’histoire moderne, si exceptionnelle que l’Église en a fait une grande sainte, honorée le 8 février dans le calendrier chrétien : Sainte Joséphine Bakhita, canonisée en 2000 par le pape Jean-Paul II. Sa vie a été racontée dans un livre récent, lauréat de plusieurs prix littéraires: Bakhita, de Véronique Olmi (Albin Michel, 2017). C’est l’histoire d’une petite Soudanaise enlevée par des négriers musulmans à la fin du XIXème siècle, qui sera finalement, après mille péripéties, rachetée par un consul italien et deviendra religieuse dans un couvent de Vénétie. On y retrouve, décrites avec un grand talent littéraire et une précision documentée, toutes les horreurs évoquées dans la fiction de Valeurs Actuelles qui a tant horrifié tout le monde. La semaine précédente, dans cette série de fictions hebdomadaire, Éric Zemmour avait été transformé en conseiller de Napoléon. Être érigée en nouvelle Bakhita, ce n’est pas mal non plus. Et, de plus, l’histoire de Bakhita démontre les mensonges de ceux qui accusent l’Occident d’être fondamentalement raciste !

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