UN APPEL D’OFFRE TAILLÉ SUR MESURE POUR INCITÉ …

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Bordeaux-Métropole est obligée de renouveler la « Concession de requalification du Centre de Bordeaux » jusque là confiée à InCité. La précédente concession arrive à échéance en juin, et les textes européens obligent à lancer un appel d’offre pour choisir le concessionnaire. Sans qu’il y a ait eu un débat et un vote des élus sur l’opportunité de continuer la concession, Bordeaux-Métropole a lancé un appel d’offre au creux de l’été. Les réponses sont attendues avant le 17 septembre. Ce sont des délais et des conditions faites « sur mesure » pour assurer à InCité de remporter la compétition.

INCITÉ À LA MANOEUVRE DEPUIS 60 ANS

InCité qui a changé de nom plusieurs fois, s’occupe de la requalification du Centre de Bordeaux depuis 60 ans. C’est Jacques Chaban-Delmas qui avait lancé ces opérations confiées à une SEM qui se dénommait à l’époque : « la SBUC », Société Bordelaise d’Urbanisme et de Construction. L’action de cette société est aujourd’hui très contestée. Surtout à cause de ses méthodes faites de préemptions et d’expropriations à bas prix. Quant au bilan de ces 60 ans d’action, il est plutôt médiocre. Pour s’en convaincre il n’est qu’à voir l’état des immeubles du centre de Bordeaux. L’objectif n’a manifestement pas été atteint. Les récents effondrements d’immeubles donnent brusquement, et même violemment, raison aux détracteurs d’InCité. Non seulement InCité n’a pas exercé convenablement sa veille de l’habitat indigne, insalubre, ou menaçant ruine, mais pire, il s’avère que tous les immeubles effondrés appartenaient ou avaient appartenus, encore récemment, à InCité ! C’est parce qu’elle ne les a pas entretenus convenablement qu’ils se sont effondrés. Dans ce contexte, on comprendrait que les élus souhaitent changer d’équipe et remplacer InCité par des personnes compétentes. Eh bien non. Tout est fait, au contraire, pour redonner la concession à InCité.

UNE PROLONGATION SURPRENANTE

De façon très surprenante, Bordeaux-Métropole a décidé de prolonger la concession qui devait s’arrêter en juin 2020. D’un an renouvelable, une fois. Un renouvellement supplémentaire qui a été utilisé pour repousser l’échéance jusqu’en juin 2022. Ce qui caractérise ces votes du Conseil, c’est qu’il n’y a pas de débat. Aucun groupe politique n’émet d’objection. (sauf pendant une petite période pendant celle laquelle François Jay a été conseiller communautaire). Pourquoi craindre l’échéance ? Peut-être parce qu’il y a un risque que le nouveau concessionnaire, s’il n’est pas InCité, conteste les comptes, et en particulier la valeur du patrimoine transmis par InCité. Les effondrements d’immeubles, appartenant à InCité, intervenus récemment, éclairent cette question mieux que toute expertise…Et les élus savaient… tout au moins les membres du Bureau de la Métropole. Patrick Bobet, l’ancien président, avait expliqué qu’un audit d’InCité avait bien été fait… mais cet audit aucun élu n’a pu le consulter… malgré les demandes de François Jay, en séance publique ! C’est en toute connaissance de cause que Patrick Bobet et son équipe puis, Alain Anziani et la sienne, ont continué à soutenir cette SEM, malgré ses défaillances évidentes.

SAUVÉE DU DÉFAUT DE PAIEMENT

Pendant les 2 années de répit qui ont été accordés à InCité, l’argent public a coulé à flot dans ses caisses. Le capital de la société a été augmenté, des subventions supplémentaires lui ont été données, et un prêt de trésorerie de 7 millions d’euro lui a été accordé dont l’échéance de remboursement prévue en 2021 a été repoussée d’un an… par un vote intervenu en décembre dernier. Il y a 2 ans, InCité ne pouvait pas faire face à son annuité d’emprunt, et en 2021 elle ne pouvait pas rembourser « cette avance de trésorerie » à la date prévue par le contrat… Pour résumer, elle était incapable de faire face à ses obligations financières et a été sauvée par une avance de Bordeaux-Métropole, et l’année suivante elle ne pouvait pas, non plus, faire face… La Métropole a évité à InCité 2 fois le défaut de paiement… avec l’argent des impôts. Le renflouement de cette SEM échappe à toute justification sérieuse. Pour preuve, la Métropole a accordé à InCité de nouveau 7 millions d’€ au prétexte de s’occuper des « commerces ». Il lui a été demandé de « suivre » la location par le secteur privé de 1200m2 de locaux commerciaux. Il s’agit clairement d’un habillage pour une subvention supplémentaire. Comment justifier que la facilitation de la location de 1200m2 de locaux privés coûte 7 millions d’€ au contribuable ? 5800€ par m2 ! plus cher que le prix au m2 des locaux eux-mêmes ! Comment les élus ont-ils pu voter une dépense pareille ? Et que fait le contrôle de légalité ?

UN APPEL D’OFFRE SUR MESURE

On comprend bien qu’à l’approche de l’échéance, il y ait panique à bord. Si une nouvelle société était retenue dans le cadre de l’appel d’offre, pour succéder à InCité, alors les comptes devraient être faits, et sérieusement ! Et cette fois-ci de façon contradictoire. Jusqu’à présent, c’est InCité qui présentait ses comptes. Ils étaient certifiés, oui, mais ce sont les éléments fournis par InCité qui servaient de base. Si en juin 2022 il y a un repreneur, il ne se contentera pas des estimation d’InCité… Un moment redouté… D’où les 2 ans supplémentaires (pour éloigner l’échéance) accordés à InCité. D’où l’argent des subventions pour restaurer les immeubles du piteux parc immobilier de la concession. Et d’où les ventes d’immeubles en catastrophe. Catastrophe étant le terme adéquat s’agissant de bâtiments laissés à l’abandon pendant des années et qui menaçaient de s’effondrer. La lecture de l’appel d’offre est édifiante. Tout a été fait pour écarter les concurrents, pour flécher la commande vers InCité…

UN BUSINESS BASÉ SUR LA SPOLIATION

La fin de la concession est connue depuis 6 ans, et pourtant l’appel d’offre est paru le 27 juillet 2021… pour une réponse le 17 septembre ! Quel concurrent est capable de monter un dossier sérieux en un laps de temps aussi court ? pour une prestation aussi complexe ? Qui est capable de présenter une équipe sur Bordeaux pour mener à bien ces opérations, à partir de juin prochain, sachant que la commande définitive ne sera émise qu’en janvier 2022 ?

Qui est capable de s’engager sur un business modèle aussi tordu que celui qui est présenté ? Le concessionnaire est censé se payer sur les reventes et les loyers perçus. A ce propos, à la lecture de ce règlement de la concession, on comprend mieux pourquoi les employés d’InCité étaient aussi pingres quand il s’agissait d’indemniser les propriétaires préemptés ou expropriés… comme les armées du Moyen Âge, InCité se paye sur l’habitant… et les méthodes de pression ne sont pas tendres.

L’immeuble rue Planterose avant son effondrement
Après effondrement !

COUSU DE FIL BLANC

La rédaction du règlement de l’appel est telle, qu’une entreprise sérieuse ne peut que partir en courant. La commande est floue, voire absconse. Le périmètre d’intervention est énorme 344 ha en centre ville. Et, surtout, la rémunération est aléatoire… C’est un marché dans lequel la visibilité est nulle. Sans perspective saine de rémunérer les employés et de faire un profit. Quel entrepreneur va s’aventurer dans une telle affaire ? A part un postulant assuré d’être soutenu par les élus grâce à des subventions. 

C’est pesé et emballé. Sans être voyant ou devin, on comprend que la rédaction de l’appel d’offre fixe des conditions qui assurent à InCité qu’elle n’aura pas de concurrent. Reste à comprendre pourquoi les élus, toute tendances, tiennent à continuer à « travailler » avec l’équipe actuelle d’InCité. Peut-être tout simplement pour éviter le scandale d’une mise à plat des pratiques des années passées. Méthodes qu’aucun d’entre eux, à part peut-être le socialiste Mathieu Rouveyre, n’a combattues.

Cet appel d’offre, cousu de fil blanc, est peut-être légal, mais certainement pas moral.

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