Frontex en état de mort cérébrale !

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L’agence de protection des frontières européennes n’a plus de feuille de route depuis le départ de son précédent directeur, Fabrice Leggeri. La Commission européenne a tout fait pour en limiter les pouvoirs, et même les detourner de sa mission alors que les États membres réclament des frontières plus étanches.

Encore une fois l’Union Européenne bafoue des engagements fondamentaux car la disparition des frontières dans l’espace Schengen etait adossé logiquement à un contrôle des frontières exterieures.

En prenant les rênes de la Commission européenne au début de l’été 2019, Ursula von der Leyen a proclamé son intention de la doter d’une stature géopolitique. Pour y parvenir, elle
avait un instrument idéal: Frontex. Son prédécesseur, Jean-Claude Juncker, avait fait voter une considérable augmentation du budget de cette agence de protection des frontières
européennes, sise à Varsovie, et jusque-là oubliée sur une étagère.
Sa dotation de 98 millions d’euros par an en 2014 allait progressivement atteindre 1,8 milliard entre 2021 et 2027. Hélas, Ursula von der Leyen en a décidé autrement, préférant le «green deal» à l’Europe des frontières, les deux n’étant pas forcément exclusifs. La promesse du 1,8 milliard est descendue à un peu moins de 900 millions par an.

Ce budget divisé par deux (ou presque) a stoppé net le déploiement délicat d’une force
confédérale de protection des frontières. Les achats de matériel, et notamment de vedettes en mer, ou d’hélicoptères et de drones, ont été renvoyés à plus tard», résume un ancien de
l’agence. Il en a été de même pour le corps des agents de Frontex. Les 10.000 attendus pour 2027 risquent de ne jamais être à pied d’œuvre.

Une revanche
Cette décision d’affaiblir une initiative pourtant conforme aux ambitions géopolitiques de la
Commission a entraîné, en juillet 2022, la démission de son directeur, le Français Fabrice
Leggeri. Ce dernier, issu du ministère de l’Intérieur, a constaté qu’il était lâché par la Commission depuis qu’une agence antifraude, l’Olaf, avait décidé de donner suite aux plaintes des ONG qui lui reprochent de n’avoir pas sanctionné des agents de la police aux frontières au moment d’une opération de refoulement de migrants en mer. Il a constaté que la France, et Gérald Darmanin en particulier, ne faisait rien pour le défendre.

C’est sans doute parce que le mot «refoulement» était devenu imprononçable dans les couloirs de la Commission européenne, et qu’il l’est toujours. Le successeur de Fabrice Leggeri, le Néerlandais Hans Leijtens, n’a-t-il pas déclaré que l’agence devait améliorer la formation de ses agents au respect des «droits fondamentaux des migrants au lieu de mettre en œuvre l’obligation de prévention des entrées illégales inscrite dans le code Schengen.
Les ONG humanitaires tiennent donc leur revanche. Désormais, la seule solution envisagée
pour mieux contenir le flux des migrants est d’offrir une manne financière aux États frontaliers, comme c’est le cas avec la Turquie, qui a reçu 6 milliards d’euros depuis 2016. Ursula von der Layen a fait la même offre lors d’une visite officielle à Tunis en juin dernier – soit 150 millions d’euros chaque année.

Cela n’a pas empêché des centaines de bateaux très bien équipés de débarquer sur Lampedusa en provenance de Tunisie, le 18 septembre, ce qui étaye l’hypothèse d’une organisation à grande échelle de l’invasion migratoire .

«Il y a de la corruption en Tunisie, et peu de volonté de coopérer. Les ONG financées par l’UE y ont pignon sur rue», admet un fonctionnaire européen.

«Cet événement montre que la protection des frontières par l’Union européenne n’est plus crédible. Ursula von der Leyen ne dit même plus qu’on va empêcher les bateaux de venir. Elle dit qu’il faut que les États membres soient solidaires dans la répartition des migrants»,  ajoute-t-il.

Si les aides européennes aux pays frontaliers sont nécessaires, elles ne sont pas suffisantes. Il faut aussi dissuader les passeurs. Et l’aide de Frontex s’avère décisive pour les pays les plus exposés.
Souvenir: «Entre 2016 et 2020, nous avions financé un centre de coordination des gardes-
côtes libyens, pour qu’ils puissent intervenir dans leur zone de contrôle maritime en étant prévenus à temps grâce aux moyens d’observations de l’agence, et nous arrivions à de bons résultats», se souvient un haut gradé de Frontex. La même coordination aurait pu être développée avec la Tunisie, et celle-ci aurait permis de faire face à ces bateaux très rapides qui ont emmené 11.000 migrants depuis les côtes tunisiennes.
Il ne fallait pas avoir peur de les arraisonner à la sortie des eaux tunisiennes. Si vous ne le faites pas, vous envoyez un signal de démission.

Frontex n’a pas joué son rôle», conclut ce haut gradé.

Arrêtée en pleine croissance, Frontex est- elle déjà «en mort cérébrale»?

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