Séparatisme, jacobinisme et laïcisme

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Avant même la communication gouvernementale, on pouvait s’en douter. La politique de lutte contre le séparatisme doit d’abord être regardée comme l’appellation pudique d’un désir de lutte contre le terrorisme islamiste. Elle appelle dès son annonce, et elle appellera encore plus lors de sa mise en œuvre, des réserves grandissantes.

Première réserve: une telle volonté affichée dissimule difficilement l’intention véritable. Or, de toute évidence « celui qui désire, disait William Blake, et qui n’agit pas, répand la peste dans le monde ».

Deuxième réserve : elle porte sur le choix même du mot séparatisme pour désigner l’adversaire que l’on prétend combattre. Elle suppose, en français, l’existence d’un territoire : séparatisme breton veut dire, sauf erreur, revendication d’une Bretagne indépendante. Parler de séparatisme islamique implique que l’on accepte l’idée que des villes où l’immigration supposée musulmane, et où l’on préempte le choix identitaire de quelque 20 ou 30 % des habitants, légaux ou semi-clandestins, doivent être régies en fonction de la religion de Mahomet. Une telle capitulation en rase campagne ne demeurera pas sans suite.

Troisième réserve : outre le fait que le mot séparatisme était employé, entre 1947 et 1953, à la grande époque du RPF, par De Gaulle pour dénoncer les communistes, il se réfère en définitive à une conception jacobine de l’État. Cette doctrine a fait trop de mal à l’identité profonde de la France pour qu’une chronique comme celle-ci suffise à la réfuter. On se contentera ici de la repérer.

Quatrième réserve enfin: on met en place le renforcement du laïcisme, avancée sournoise, et désormais dictatoriale, de la laïcité. Une telle référence ne figure même pas dans la loi de 1905, supposée fondatrice. Celle-ci se réclame de la liberté religieuse, à une époque, où n’existent concrètement en France que trois religions, toutes issues du même socle, façonné par les siècles. Jamais cette loi n’a prétendu former les prêtres catholiques, les pasteurs ou les rabbins.

Que la première mesure concrète du développement du laïcisme puisse tendre à supprimer l’École à la Maison, en dit long sur l’angle de tir. Je signe quant à moi des deux mains, et j’invite mes amis à faire de même la pétition pour la Liberté scolaire.

Aux Mureaux, un discours ambigu Macron, dans son discours des Mureaux prononcé le 2 octobre exprime par exemple aussi pas mal d’idées fausses. Elles entraveront grandement la réussite des objectifs sur lesquels on devrait souhaiter que la nation se rassemble. Face aux attentats criminels de 2015, même François Hollande qu’on va finir par regretter, avait pensé à réunir le Congrès à Versailles. Le président élu en 2017 demeure tributaire, à l’évidence, des idéologies de la gauche. On reconnaît aisément celles-ci à ce que, toutes tendances confondues, elles aiment à considérer, que « renforcer l’arsenal répressif ne servira à rien si une vigoureuse action pour l’égalité des chances n’est pas menée. »

Le quotidien officieux, Le Monde, en fait, reste lui aussi, hélas, toujours de grande audience auprès des pseudo-élites technocratiques et culturelles parisiennes. Et il se félicite sur le principe énoncé plus haut. Il se préoccupe seulement, dans son éditorial du 3 octobre, de savoir s’il s’apprête « à en fournir des preuves tangibles »[1].

Les deux révolutions, car il s’agit de deux mouvements historiques différents, d’abord celle, constitutionnelle, de 1789 puis celle, terroriste, de 1792-1794, se réclamaient l’une comme l’autre de l’Égalité, comme d’un dogme intangible, à la suite Jean-Jacques Rousseau. Les journées de février puis juin 1848, la Commune de Paris de 1871, et enfin l’épuration sanglante de 1944-1945, ne les ont pas démenties quant aux principes.

L’égalitarisme a ainsi laissé des traces structurelles dans l’idéologie française. Seule dans le monde, la Constitution de 1958 a inscrit l’Égalité dans la devise de la République[2]. Prétendant lutter contre les inégalités, l’État jacobin met ainsi sa fiscalité au service de la lutte contre les libertés et contre la propriété.[3]

Or, si les mots ont un sens, ni le fonctionnement de cet État, ni la société qu’il façonne, n’échappent à une pesante inégalité. Celle-ci doit certes être considérée comme une loi de la vie. Elle peut, et elle devrait même, revêtir un caractère protecteur. Mais Dante Alighieri ne le dissimule pas dans sa Divine Comédie : « l’enfer même a ses lois ». C’est donc l’inégalité hypocrite de notre société caractérise notre enfer.

JG Malliarakis

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