Scandale du mal logement à Bordeaux

0
312

« Des champignons poussent dans mon salon »

Livré en octobre 2022, un immeuble de la place d’Armagnac est bourré de malfaçons. Ses habitants découvrent quasi quotidiennement de nouvelles infiltrations ou fissures. Un enfer.

« Ma vie est suspendue à cette fuite d’eau. » Nabila* (*elle a donné son deuxième prénom par soucis d’anonymat) est épuisée – en témoignent ses cernes sous les yeux – à force de passer ses journées, depuis plusieurs semaines, à écoper son appartement en proie à de sérieuses infiltrations.

La jeune femme habite pourtant dans un immeuble tout neuf, livré en octobre 2022 par le promoteur BNP Paribas Immobilier. Bâti sur la place d’Armagnac à Bordeaux, dans un quartier en pleine (re)construction, cet immeuble de neuf étages entièrement dédié au logement social aurait dû être une aubaine pour ses résidents mais il se transforme en cauchemar pour plusieurs d’entre eux…

« Je ne dors plus depuis deux mois », confie Nabila, qui dit « éponger toutes les heures » pour éviter d’avoir les pieds dans l’eau. « Ça coule comme un robinet ouvert », compare-t-elle.

Elle a dû condamner sa chambre et dort sur son canapé

La situation est telle qu’elle a dû condamner sa chambre, où la moisissure s’est étalée sur les murs et où l’eau s’étend dans toute la pièce, à tel point qu’elle a même dû vider son placard pour éviter que ses vêtements sentent l’humidité. Résultat : au lieu de profiter pleinement de son T2 de 47m2, la locataire se retrouve à vivre comme dans un studio et à dormir dans son canapé.

Un étage au-dessus, Natacha connaît plus ou moins les mêmes désagréments. Ils sont apparus dans son appartement quelques semaines plus tard. « En rentrant chez moi après un week-end, j’ai senti une odeur insoutenable, rapporte-t-elle. En regardant derrière le meuble TV, j’ai découvert une énorme trace de moisissure sur le mur. Depuis, ça va crescendo… »

La situation s’aggrave et les habitants s’impatientent

La quadragénaire s’est donc résignée à débrancher sa télévision, car les prises électriques sont devenues inutilisables avec les infiltrations d’eau. Elle pointe du doigt aussi des fissures ou des gonflements aux murs. « Il y a plein de défauts de construction. On les a signalés à Aquitanis, le bailleur, et à chaque fois, on nous répond que « c’est en cours » mais ça n’avance pas. On attend des réponses concrètes ! »

« Depuis février, nous avons reçu des signalements pour huit appartements, confirme au téléphone, Irène Sabarots, la directrice générale adjointe d’Aquitanis. Dès qu’on reçoit une réclamation, une procédure de SAV se met en place. Nous avons fait suivre à BNP Paribas Immobilier. »

De son côté, le promoteur a diligenté une entreprise chargée des investigations pour trouver l’origine des infiltrations. Ces derniers jours, et ce depuis le vendredi 14 avril, plusieurs visites de contrôle ont eu lieu dans les logements sinistrés. « Nous mettons tout en œuvre pour résoudre ce sinistre dans les meilleurs délais », réagit un responsable de BNP Paribas Immobilier, que nous avons sollicité.

Il va falloir casser pour trouver l’origine de la fuite

« On n’arrive pas à savoir d’où vient la fuite, déplore Irène Sabarots. C’est un problème technique non visuel donc cela nécessite des investigations en entonnoir. On doit procéder à des levées de doutes. On s’aperçoit qu’il n’a pas plu ces derniers jours et que les infiltrations continuent donc le problème ne semble pas venir de la façade ou du toit-terrasse. On va devoir casser des cloisons pour voir où l’eau passe. »

« En fonction du degré et de l’origine du sinistre, on peut aller chercher différents leviers », poursuit la directrice générale adjointe d’Aquitanis, qui est propriétaire des logements. À ce propos, le bailleur social a d’ores et déjà lancé une démarche en dommage ouvrage, valable durant une année après la livraison du bâtiment, au cas où il faille faire de gros travaux pour réparer les malfaçons. Et si le problème est encore plus important, s’il s’agit du réseau enterré par exemple, la garantie décennale pourrait alors être activée.

Si le promoteur et le bailleur s’évertuent à montrer leur bonne volonté pour régler la situation au plus vite, les habitants s’impatientent. Car, pendant ce temps-là, leur quotidien devient invivable.

« On doit même se lever au milieu de la nuit »

« Toutes les cinq heures, on doit vider une bassine de dix litres tellement il y a d’eau qui coule des murs. Il y en a même qui sort de l’ampoule au plafond », explique Saïd, qui habite avec sa famille au cinquième étage et qui a commencé à avoir des infiltrations au début du mois d’avril.

« Hier encore, on n’a pas arrêté. On est même obligé de se lever au milieu de la nuit pour le faire. Et on ne peut pas s’absenter de la journée sinon il faudrait des bottes, le soir, pour rentrer dans l’appartement. On met des draps ou des tapis au sol pour éponger mais ça ne suffit pas… »

Natacha, quelques étages plus bas, voit bien que la situation empire à grande vitesse. « Des champignons poussent dans mon salon, hallucine-t-elle. Mon logement devient insalubre, je me pose des questions sur la toxicité… »

Elle raconte qu’à son emménagement en octobre 2022 dans ce T3 de 73m2, alors que son logement servait d’appartement-témoin pour les futurs habitants, 12 pages de réserves pour malfaçons avaient été émises lors de son état des lieux. « Ils n’auraient jamais dû mettre en location des logements comme ça, ils sont plein de vices cachés », accuse Nabila.

Depuis la livraison de la trentaine de logements, cette dernière est certainement la plus impactée par les infiltrations d’eau. « On va lui proposer une solution de relogement », assure à actu.fr la directrice générale adjointe d’Aquitanis. D’autres pourraient se voir offrir la même proposition. Aussi, le bailleur social et le promoteur ont promis aux habitants concernés de faire passer une entreprise pour désinfecter les murs et plafonds gagnés par la moisissure.

« Je ne suis pas quelqu’un de dépressif mais là, je commence à le devenir, témoigne Nabila, devant ses voisins qui ont aussi le moral dans les chaussettes. Je dois éponger toutes les heures, ça m’épuise. Je ne peux pas travailler, je ne peux pas partir en week-end. J’attends avec impatience de pouvoir déménager… »

LAISSER UNE REPONSE

S'il vous plaît entrer votre commentaire !
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.